Centre Canadien de ressources pour les victimes de crimes - photo

Cri du coeur d'une mère de Saint-Simon: il faut aider les victimes de crimes

Le 2 juin 2010

Réal Fradette, L'Étoile Péninsule

Publié à 6h00 le jeudi 1er avril 2010

Liette Savoie a vu sa vie s'arrêter le 21 octobre 2007, quand sa fille unique, Francesca, âgée d'à peine 17 ans, a rendu son dernier souffle dans ses bras. Deux ans et demi plus tard, cette mère endeuillée de Saint-Simon lutte toujours afin de surmonter cette peine immense et dénonce haut et fort le système néo-brunswickois qui laisse en plan les familles des malheureuses victimes d'un conducteur avec les facultés affaiblies.

Réal Fradette
Photo Réal Fradette, L’Étoile Péninsule

Liette Savoie doit raconter le drame qu’elle vit depuis la perte de sa fille unique Francesca, dans un accident causé par un conducteur avec des facultés affaiblies en octobre 2007, à l’émission de télévision de Denis Lévesque, sur les ondes de LCN, en mai.

Francesca était une jolie adolescente qui possédait un avenir des plus prometteurs. Elle avait plein d'amis à l'école Marie-Esther de Shippagan, qu'elle fréquentait en 12e année. Elle voulait devenir avocate.

Puis, dans la soirée du 20 octobre, elle a pris place à l'arrière d'un véhicule conduit par un ami, qui devait la reconduire à la maison. Elle était assise du côté droit. Un véhicule filant à toute allure percute violemment l'arrière de l'auto vers 23 h, dans le secteur de Bas-Caraquet. Son conducteur, affolé, prend la fuite. Francesca n'a eu aucune chance"

Aujourd'hui, Liette a visiblement du mal à se remettre de cette tragédie. Elle ne peut plus travailler. Elle doit composer avec d'importantes difficultés financières. L'aide psychologique promise ne vient qu'au compte-gouttes alors que le coupable a reçu immédiatement toute l'attention nécessaire dès qu'il a mis les pieds en prison, affirme-t-elle. Coupable qui a d'ailleurs recouvré récemment sa liberté, après avoir purgé le tiers d'une peine de quatre années d'emprisonnement imposée en mai 2008.

«Le système réintègre plus rapidement les coupables que les victimes», déplore vivement Liette, dont la vie a été une fois de plus bouleversée en décembre, trois jours avant Noël, quand elle a croisé le chauffard alors qu'elle sortait d'un centre commercial, à Tracadie-Sheila.

Lettres sans réponse

Le Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes a écrit une longue lettre, le 7 décembre 2009, décrivant la situation de la mère de Francesca à Robert Nicholson, ministre fédéral de la Justice et procureur général du Canada, ainsi qu'à Michael Murphy, alors ministre de la Justice du Nouveau-Brunswick.

On y indique que Liette «continue de se débattre avec acharnement» à la suite de la mort de sa fille, que «sa vie est ruinée» en raison des traumatismes subis par la perte de son enfant unique, qu'elle est «incapable de travailler» depuis et que sa « santé mentale s'est détériorée» parce qu'elle «a attendu pendant cinq mois une aide psychologique». On y ajoute également que «contrairement au fait que le coupable a eu droit à tous les soins et rapidement, Mme Savoie a été abandonnée dans une situation de crise».

Le regroupement se dit également «consterné» de constater les droits restreints conférés aux victimes du Nouveau-Brunswick et implore les deux niveaux gouvernementaux d'intervenir rapidement auprès de Mme Savoie, qui reçoit heureusement l'appui de sa sœur jumelle Lucette et de MADD Canada, cette organisation des mères contre les conducteurs en état d'ébriété.

Une peine à perpétuité pour la mère

Cette lettre n'a encore obtenu aucune réponse du côté fédéral, alors que le Nouveau-Brunswick y a répondu évasivement trois mois plus tard, par l'entremise du ministre de la Sécurité publique, John Foran. Cela a été loin de réconforter la mère éplorée.

«Je purge une peine à perpétuité. Je ne souhaiterais même pas ce qui m'arrive à mon pire ennemi. Je pense à Francesca tous les jours. Je ne verrai pas ma fille se marier et avoir des enfants. Je ne serai pas grand-mère. Je n'aurai pas la joie de partager ces beaux moments, ces beaux cadeaux de la vie, avec ma fille. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit s'ouvrir les yeux. Il doit venir en aide aux victimes, comme il le fait auprès des coupables de conduite avec facultés affaiblies. Je veux me faire entendre. Je le fais au nom de ma fille et aussi au nom des personnes qui vivent la même situation que moi», mentionne cette mère désemparée, qui en a parlé avec le bureau de l'ombudsman du Nouveau-Brunswick, Bernard Richard, il y a quelques semaines.

Sa sœur Lucette a récemment discuté du dossier avec le nouveau sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, dont la fille a également été violée et assassinée en 2002 et qui est un ardent défenseur des droits des victimes d'actes criminels. Elle avait aussi lancé une pétition afin de convaincre les politiciens de mieux venir en aide aux victimes. Par exemple, elle aimerait une règlementation, comme la Loi 58 au Québec, qui permet à des personnes éprouvées par des événements tragiques, ou des proches de ces victimes, de s'absenter de leur travail sans salaire pendant une période qui peut s'étendre jusqu'à 104 semaines.

Le 2 juin 2010

Le registre national serait renforcé

Le 17 mars 2010

Le registre national serait renforcé

Les délinquants sexuels dans la mire d'Ottawa

Patrice Gaudreault
Le Droit

Après les jeunes contrevenants, le gouvernement conservateur entend serrer la vis aux délinquants sexuels reconnus coupables, en inscrivant automatiquement leur nom, la description de leur véhicule et leur modus operandi au registre national, en plus de verser un échantillon de leur ADN à la banque de données génétiques.

Des modifications législatives ont été proposées en ce sens, hier, par le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, de concert avec le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu, ex-président de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues. À l'heure actuelle, 42 % des personnes reconnues coupables de crimes sexuels ne sont pas inscrites au registre. Quant au taux de récidive, il atteindrait 14 % en l'espace de cinq ans, selon le ministre Toews.

« En ce moment, la Couronne doit faire une demande spécifique pour qu'un contrevenant soit inscrit, et le juge peut, à sa discrétion, émettre une ordonnance. Notre projet de loi mettra fin à cette procédure et rendra l'enregistrement obligatoire », a expliqué le sénateur Boisvenu.

En réalité, il s'agit d'une nouvelle mouture d'un projet de loi similaire (C-34) mort au feuilleton lors de la prorogation du Par­­lement. Le projet de loi S-2 est bonifié de manière à ce que le registre compile la description du véhicule des délinquants sexuels, du numéro d'immatriculation au modèle, en passant par la couleur et l'année de fabrication. Le registre comprendra aussi de l'information sur la manière dont les crimes ont été commis, de façon à établir un profil criminel. Les policiers pourront ainsi utiliser le registre pour prévenir les infractions sexuelles, au lieu de s'en servir uniquement pour enquêter sur les crimes déjà commis.

Pour le chef de police d'Ottawa, Vernon White, il s'agit d'une initiative « extrêmement importante », qui aura pour effet de fa­­ciliter le travail des policiers et de réduire le nombre de victimes. « Si vous avez commis un crime à caractère sexuel, vous devriez être dans le registre ; vous avez été condamné. Je crois que ça va nous aider à prévenir de futures infractions », a-t-il commenté.

La directrice du Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes, Heidi Illingworth, a applaudi les modifications proposées, invitant les parlementaires à agir avec célérité. « Une fois ce projet de loi adopté, moins de délinquants sexuels passeront entre les mailles du filet », dit-elle.

Le Registre national des délinquants sexuels demeurera à l'usage exclusif des forces policières. Pas question, pour l'instant, de permettre aux citoyens de vérifier si un prédateur sexuel demeure dans leur quartier. Le sénateur Boisvenu croit, par con­­tre, qu'il faudra un jour se pencher sur la question.

« Lorsqu'une entreprise s'établit dans votre quartier, elle est obligée de déclarer toutes ses matières dangereuses pour protéger votre santé, dit-il. D'un autre côté, on libère des prédateurs sexuels et le gouvernement n'a aucune obligation d'informer la population. »

Le 17 mars 2010